Débat à l’étape de la troisième lecture du projet de loi C-14, Loi modifiant le Code criminel et apportant des modifications connexes à d’autres lois (aide médicale à mourir),

La sénateur Munson : Honorables sénateurs, ce soir, je pense aux dizaines de milliers de personnes — il y en a peut-être même des centaines de milliers — qui sont aux prises avec une maladie dégénérative. Je pense aux personnes qui sont atteintes de la chorée de Huntington et de la sclérose en plaques et, sur une note plus personnelle, à celles qui travaillent ici, sur la Colline du Parlement, et qui sont atteintes de la sclérose latérale amyotrophique. Ces personnes sont exclues du projet de loi. En gardant ces personnes et leurs droits à l’esprit, je tiens à dire de façon claire et concise que, puisque nous parlons de la mort, nous devons aussi parler de la qualité de vie. Cet amendement porte sur la compassion et sur les droits de la personne. Merci.

Des voix : Bravo!

Le sénateur Enverga : Puis-je vous poser une question, sénateur Munson?

Le sénateur Munson : Oui.

Le sénateur Enverga : Vous avez mentionné plusieurs maladies, comme la chorée de Huntington, la sclérose latérale amyotrophique et bien d’autres.

Est-ce que ce sont des motifs pouvant être invoqués pour demander l’aide médicale à mourir? Est-ce que c’est ce que vous dites? Est-ce que la qualité de vie des personnes qui sont aux prises avec ces maladies est si mauvaise que vous le dites? Pensez-vous qu’elles estiment qu’elles ne valent rien et que la vie ne leur réserve plus rien de bon? Est-ce que vous pensez que c’est pour ces raisons qu’elles devraient mourir?

Le sénateur Munson : Honorable sénateur, c’est tout simplement un choix personnel. Nous ne vivons pas dans le corps des personnes qui sont atteintes de ces maladies. Nous ne comprenons pas et ne ressentons pas leurs souffrances. Si ces personnes donnent leur consentement, et si des mesures de protection appropriées sont mises en place, que ce soit avec les médecins ou d’autres personnes, c’est leur choix à elles. Je pense que nous devons respecter ce choix.

Le sénateur Enverga : Je comprends qu’il s’agit d’un choix personnel. Vous pensiez toutefois à quelqu’un, à un fournisseur de soins par exemple, qui s’occupe d’une personne, mais qui ne l’aime pas ou qui n’est pas à l’aise avec elle. Ne croyez-vous pas que si les personnes atteintes de ces maladies — de la sclérose en plaques ou de la maladie de Huntington — avaient accès à de bons dispensateurs de soins et qu’elles pouvaient parler à quelqu’un, alors elles ne choisiraient pas la mort parce qu’elles se sentiraient aimées?

Le sénateur Munson : Monsieur le sénateur, ces personnes ont droit à la vie. C’est ce que voulons tous. Nous aimerions tous vivre une vie saine et naturelle. Toutefois, aujourd’hui, dans notre pays, c’est une question de choix. Qu’il soit riche ou pauvre, au bout du compte, un adulte qui a la capacité de comprendre ce qu’il vit a le droit de vivre et il a également droit à une mort paisible dans la dignité. Les gens ont le droit de choisir le moment de leur mort.

Le sénateur Enverga : Sénateur Munson, je sais qu’ils ont le droit à la vie; ils ont maintenant aussi le droit de mourir. Toutefois, ne croyez-vous pas que, avec les soins appropriés, ils ne choisiraient pas la mort? Là n’est pas la question, pas vrai? Nous ne parlons pas de soins palliatifs ici. Si nous permettons ce recours, ne craignez-vous pas qu’on élimine les soins palliatifs, puisque les gens auront le choix?

Le sénateur Munson : Monsieur le sénateur, la Cour suprême permet un tel recours. Je crois que les mesures de protection sont suffisantes.

Peu importe ce qui arrivera aujourd’hui, demain ou après-demain, espérons que certains amendements seront acceptés à l’autre endroit, ce qui montrera que le Parlement est efficace. Au bout du compte, nous aurons tout de même un projet de loi qui, je l’espère, permettra à tous les Canadiens de choisir. C’est plutôt simple à mon avis.

Des voix : Le vote!

Son Honneur le Président : Sénateur Enverga, vous pouvez soulever un dernier point.

Le sénateur Enverga : Nous parlons de mesures de protection. Si nous adoptons cet amendement, nous mettons la charrue devant les bœufs. Élargissons le débat, mais prévoyons d’abord des mesures de protection avant d’adopter l’amendement.

Le sénateur Munson : Je vais répéter ce que j’ai déjà dit. Des mesures de protection sont prévues. Nous allons discuter plus longuement de nombreux autres amendements qui nous seront présentés. Il s’agit de droits de la personne, du droit de mourir dans la dignité et d’avoir le choix de mourir dans la dignité ou de vivre dans la dignité. C’est aussi simple que cela. Merci.