Deuxième lecture du projet de loi C-210, Loi modifiant la Loi sur l’hymne national (genre)

Honorables sénateurs, je suis tout aussi fier aujourd’hui d’appuyer le projet de loi S-210, Loi modifiant la Loi sur l’hymne national (genre), que je le suis quand je me lève chaque fois que j’entends l’hymne national du Canada.

Comme nous le savons tous, le parrain de ce projet de loi d’initiative parlementaire est l’honorable Mauril Bélanger, notre collègue de la Chambre des communes, qui est également un de mes grands amis et l’ami de nombreux sénateurs.

Ce projet de loi a suscité beaucoup d’émotion à la Chambre des communes. Nous en voilà maintenant saisis, nous qui formons la Chambre de second examen objectif. Mon Dieu que j’aimerais qu’il soit adopté avant que nous ajournions! Je constate cependant que certains s’y opposent et, dans notre démocratie, toutes les voix doivent être entendues.

Comme l’a indiqué la sénatrice Nancy Ruth, le projet de loi C-210 vise seulement à changer deux petits mots dans la version anglaise de notre hymne national; ainsi, on remplacerait « in all thy sons command » par « in all of us command ».

Ce projet de loi vise à moderniser notre hymne national afin qu’il rende mieux compte du progrès réalisé au Canada lorsqu’il s’agit de promouvoir l’égalité des sexes pour l’ensemble de la population canadienne.

Tout au long de l’histoire de notre pays, que ce soit sur le champ de bataille ou ailleurs, les Canadiens ont constamment établi et remis en question des lois, des coutumes et des traditions au nom des droits de la personne. La Charte canadienne des droits et libertés est elle-même issue de ce progrès social.

Comme il a également été souligné, les paroles de la version anglaise de l’Ô Canada composée par Robert Stanley Weir en 1908 ne contenaient aucune allusion à la religion, et le vers sur lequel nous nous penchons aujourd’hui comprenait les paroles « thou dost in us command ». Comme vous pouvez le constater, notre hymne a déjà subi quelques modifications au fil des années.

Honorables sénateurs, il est temps de poursuivre le progrès. Ce projet de loi nous donne une excellente occasion de le faire.

Le projet de loi C-210 jouit dorénavant d’un appui suffisamment important de la part des parlementaires pour qu’il se retrouve ici. La population canadienne a exprimé son appui. Vous avez entendu les résultats du sondage mené par Mainstreet en mai : 62 p. 100 des Canadiens sont favorables à ce changement, et 19 p. 100 s’y opposent.

Les symboles de notre pays ont changé. Je me suis souvenu d’une discussion que j’ai eue avec mon père, il y a de nombreuses années. Lorsque je lui ai parlé de la fête du Canada, mon père m’a fixé du regard et m’a dit : « C’est la fête du Dominion. » J’étais terrifié. Il y a aussi la notion du territoire qui s’étend « d’un océan à l’autre ». J’ai compris son point de vue parce qu’il a grandi à une autre époque, celle du Dominion du Canada, qui s’étendait « d’un océan à l’autre ». Or, les choses ont changé, et on parle maintenant de la fête du Canada. Cela ne fait plus sourciller personne et ne nous rend pas moins fiers de ce pays qu’on appelle le Canada.

J’essaie de penser à des questions semblables. En fait de symbole, nous avons un drapeau hissé au haut de la tour de la Paix dont nous sommes très fiers. Les générations ont vieilli. Comment décriraient- elles l’apparence du drapeau avant 1965, sa signification? Nous étions fiers d’être Canadiens, mais le drapeau reflétait toujours notre passé colonial. J’estime que notre drapeau représente qui nous sommes en tant que Canadiens.

Je tiens à citer l’observation sarcastique formulée par Andrew Coyne la semaine dernière. Il a dit ce qui suit :

Tandis que vous vaquez à vos occupations, songez aux citoyens du pays à l’esprit le plus littéral, dont nous célébrons aujourd’hui le triomphe : l’hymne national est réécrit. Quel monde étrange et épeurant ils habitent.

Au risque de sembler avoir l’esprit trop littéral, je répète qu’on ne propose de modifier que deux mots. Le projet de loi C-210 est simple. Il n’a rien à voir avec une réécriture de l’hymne national. La modification, si elle est mise en œuvre, laisserait intacts les principaux thèmes de l’hymne, y compris ses mentions du courage et de la loyauté des gens qui se sont battus pour défendre les libertés et les privilèges que nous chérissons tous et dont nous profitons tous.

« Thy sons » omet le rôle des femmes dans les événements qui ont façonné le Canada. Cette partie des paroles anglaises existantes empêche également des membres de notre population de pleinement s’identifier aux sentiments que l’hymne est conçu pour insuffler dans le cœur humain.

Tout à l’heure, je songeais au fait que j’ai cinq oncles du côté de la famille de ma mère. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ils ont tous été soldats. Ils sont rentrés au pays. Ma tante Eileen était dans l’armée et elle était basée ici, à Ottawa. Elle vit dans une maison pour aînés à Sackville, au Nouveau-Brunswick. Ma tante chérie a livré la guerre à l’Allemagne, comme le reste du pays. Qu’en est-il de la reconnaissance de son rôle et des valeurs qu’elle a défendues?

Quand avez-vous pensé aux raisons pour lesquelles il faudrait utiliser un langage neutre pour la dernière fois? À en juger par certains commentaires que j’ai entendus — notamment, comme nous venons de l’entendre, que le projet de loi vise la rectitude politique —, je crois qu’il est temps de nous rafraîchir la mémoire à l’aide de quelques références instructives comme celle-ci :

L’utilisation d’un langage neutre peut sembler inutile pour certains auteurs, mais la constante utilisation des pronoms masculins donne l’impression que les femmes ne font pas partie du groupe auquel l’auteur fait référence.

Il y a aussi celle-là :

Les auteurs prudents évitent d’utiliser un langage qui universaliserait un élément de l’humanité en excluant les autres.

Ces extraits sont tirés du document The Law Student’s Guide to Good Writing, préparé par le professeur Marc Grinker, du Chicago Kent College of Law, en 1994.

Bien que ces citations s’adressent à l’auteur, je ne critique aucunement le travail du parolier de l’Ô Canada. On ne parle pas de l’intention des mots, mais bien de leur effet. Le projet de loi C- 210 nous permet d’améliorer l’effet de notre hymne national et d’accroître son incidence aujourd’hui et pour l’avenir.

Honorables sénateurs, ce projet de loi vise le respect des droits et du rôle des femmes dans la société. Il vise à veiller à ce que notre hymne national soit le reflet de l’évolution de notre société et à ce qu’il continue de l’être.

À mon avis, c’est une intention admirable et nécessaire. Il y a un monde de différence entre utiliser un langage neutre parce qu’on subit des pressions pour le faire et l’utiliser parce qu’il s’agit de la bonne chose à faire.

Le fait de remplacer des mots tendancieux pour certains par d’autres mots qui englobent et reconnaissent également tous les Canadiens aura des répercussions qui l’emporteront nettement sur tout prétexte invoqué pour ne pas apporter ce changement.

Le langage et les mots sont puissants. Nous avons la chance de le constater chaque fois que nous assistons ou prenons part à des discussions et à des débats entre sénateurs. Je vous exhorte, honorables sénateurs, d’accorder au projet de loi le respect que vous portez au langage et aux mots, et de consentir à remplacer deux mots de l’hymne national. Vous enverrez ainsi un message formidable et inspirant aux femmes et aux hommes du pays.

Honorables sénateurs, bien que Mauril Bélanger ne soit plus en mesure de parler, il utilise toujours le langage et les mots pour nous toucher et exprimer ses principes et sa vision. Je suis fier de citer ses paroles :

En tant que Canadiens, nous nous interrogeons constamment sur la pertinence de nos hypothèses et de nos symboles. Les érables canadiens ont des racines profondes, mais ils continuent aussi sans cesse continuer de s’étirer vers le ciel. Notre hymne peut lui aussi refléter nos racines et notre croissance.

C’était le discours de l’honorable Mauril Bélanger, à l’étape de la deuxième lecture, le 6 mai 2016.

Merci, honorables sénateurs.