Hommage à l’honorable Joyce Fairbairn, C.P.

Honorables sénateurs, c’est un moment de grande émotion. J’ai beaucoup appris en observant le travail de la sénatrice Joyce Fairbairn et ce qu’elle a apporté au pays pendant sa carrière de plus de 40 ans au Parlement. C’est un être humain extraordinaire dont le comportement et les décisions sont indissociables de sa nature profonde. Joyce est travaillante, déterminée, mue par un bon sens stratégique et dotée d’une grande force. Ce sont des qualités qu’elle possède aujourd’hui et qu’elle a manifestement toujours possédées.

Elle a décidé de devenir journaliste alors qu’elle n’était encore qu’une jeune femme. C’était dans les années 1950, alors que pratiquement aucune femme n’exerçait cette profession, ce qui ne l’a tout de même pas découragée. Quelles que soient les difficultés affrontées dans la poursuite de son rêve, elle a réussi à les vaincre. Après avoir obtenu son diplôme en journalisme à l’Université Carleton, en 1961, elle a travaillé pour l’Ottawa Journal. En 1968, elle a quitté ce journal et s’est mise à couvrir les affaires parlementaires pour United Press International.

Joyce se plaît à dire qu’elle a été la première femme journaliste au Canada. Elle a toujours aimé le rappeler. C’est un plaisir de l’entendre parler de ces jours merveilleux où elle travaillait dans son minuscule bureau de l’édifice du Centre et de ses escapades avec la journaliste politique du Vancouver Sun, Marjorie Nichols. Ceux de ma génération peuvent-ils oublier Marjorie? Elle et Joyce étaient inséparables.

C’était il y a longtemps, mais on peut facilement imaginer le genre d’expériences que Joyce a connues à couvrir les événements de la Colline pendant une décennie au cours de laquelle les Canadiens ont été appelés aux urnes quatre fois — c’était une époque historique, riche en émotions intenses.

Ce qu’elle en a appris et ce qu’elle a montré à certains des décideurs qu’elle a suivis — dont le premier ministre Trudeau — a constitué le pont qui a fini par la conduire ici.

Dans une entrevue accordée au Calgary Herald en 1993, elle a déclaré ceci :

J’ai toujours eu une grande affinité avec le Parlement. J’adore le Parlement. Je suis toujours bouleversée quand je le vois dénigré ou d’une certaine façon boudé par le public ou les journalistes. C’est une partie très importante de la vie de notre pays.

Honorables sénateurs, ce sont là des paroles sages, dont nous avons besoin aujourd’hui.

Comme toutes les personnes et tous les endroits auxquels Joyce croit et s’intéresse, nous avons pu profiter de sa compassion, de son sens du devoir et de sa capacité à apporter les changements sociaux nécessaires. Je me rappelle les Jeux paralympiques de Vancouver/ Whistler, il y a deux ans. Il n’y aurait pas de Jeux paralympiques sans Joyce Fairbairn. C’était l’épreuve de hockey sur luge à l’aréna Thunderbird. Une fois l’hymne national terminé, les membres de l’équipe ont fait demi-tour sur leur luge, se sont approchés et ont salué Joyce Fairbairn en levant leurs bâtons. Nous avons tous pleuré d’émotion.

Bien qu’elle ait vécu plusieurs années à Ottawa, Joyce n’a jamais perdu ses racines. J’estime qu’aucun autre parlementaire n’en aura fait autant pour représenter les gens et les intérêts du Sud de l’Alberta.

À partir du moment où elle est devenue sénatrice, en 1984, Joyce a pris part au défilé de la foire Whoop-Up Days, à Lethbridge. L’été dernier, elle m’a demandé de l’accompagner. J’ignore pourquoi, mais j’y suis allé. J’ai pris place dans une décapotable et salué des milliers de personnes venues célébrer, mais personne ne savait qui j’étais. Par contre, tous semblaient reconnaître Joyce et la saluer à leur tour comme une amie qui leur est chère.

J’ai été très touché de voir Joyce aussi heureuse. Je l’ai observée s’amuser cet après-midi-là, à Lethbridge, comme des milliers de gens. Elle était vraiment dans son élément.

Le défilé progressait depuis environ une heure lorsque je lui ai demandé : « Joyce, il dure combien de temps, ce défilé? » Elle m’a regardé avec son assurance habituelle et a simplement répondu : « Ne pense pas à ça, Jim. Continue de sourire. »

Je crois que nous devons tous suivre son conseil en période de controverse et garder le sourire. Joyce, tu as tout à fait raison. Tu as réalisé tant de choses et tant donné. Je suis heureux de te compter parmi mes amis.