La Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies

Honorables sénateurs, au Canada, les enfants s’en tirent plutôt bien. Ils ont de quoi manger, un toit sur la tête et ils ont accès à des écoles et des hôpitaux qui sont parmi les meilleurs au monde. Leur famille et leur entourage prennent soin d’eux. Leurs perspectives d’avenir sont excellentes. Pourtant, il suffit de porter son regard plus loin que ces réalités stéréotypées pour voir des signes choquants de l’incapacité du Canada de faire valoir et de respecter les droits fondamentaux de ses citoyens les plus vulnérables, ses enfants.

La Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies est sans équivoque. Les droits fondamentaux des enfants s’appliquent à chacun d’eux, sans exception. Que la plupart des enfants canadiens s’en tirent bien ne change rien aux conditions et aux expériences de vie des plus vulnérables parmi les vulnérables. Les enfants autochtones, par exemple, accusent du retard par rapport aux autres enfants du pays dans à peu près tous les domaines : bien-être, revenu familial, réussite scolaire, qualité de l’eau, santé infantile, santé mentale, logement.

Selon le principe de Jordan, ou principe de l’enfant d’abord, les enfants des Premières Nations doivent bénéficier d’un accès égal et juste aux services de l’État, comme l’éducation, l’aide sociale et les soins de santé. Ce principe tient son nom du petit Jordan River Anderson, un enfant autochtone mort à l’âge de cinq ans faute d’avoir reçu les soins médicaux dont il avait besoin, les fonctionnaires s’étant renvoyé la balle durant deux ans afin de savoir qui devait payer pour les soins à domicile qui devaient lui être prodigués. Quand le Parlement a adopté une motion appuyant le principe de Jordan, en 2007, il a carrément fait une promesse aux membres des Premières Nations et à la population en général.

Plus tôt ce mois-ci, l’Assemblée des Premières Nations, UNICEF Canada, la Société canadienne de pédiatrie, l’Université McGill et l’Université du Michigan ont publié un rapport dans lequel les auteurs cherchaient à déterminer comment ce principe est appliqué. Les résultats ont de quoi nous inquiéter sérieusement. Pour reprendre les mots de la porte-parole : « […] le délestage entre les paliers gouvernementaux perdure, tout comme les souffrances ». Manque de leadership du gouvernement fédéral, chicanes perpétuelles entre administrations, compressions budgétaires, financement insuffisant pour les organismes de défense des droits des enfants, indifférence du public et mauvaise compréhension des droits de l’enfant, tout cela s’ajoute au fait que le Canada n’a jamais réussi à intégrer la convention de l’ONU à ses lois — pas seulement la ratifier ou la signer, mais l’intégrer.

La convention des Nations Unies fournit un cadre clair grâce auquel nous pouvons prendre des mesures concrètes et trouver des façons de surmonter de tels obstacles. Les gouvernements provinciaux ainsi que les organisations de la société civile font des progrès, et nous pouvons aussi nous inspirer d’eux.

Honorables sénateurs, nous devons commencer à susciter la volonté politique et sociale d’apporter les changements nécessaires. Les Canadiens méritent qu’on leur explique que lorsqu’on préconise l’inaction, c’est comme si on choisissait l’inégalité et l’injustice. Attelons-nous à la tâche et relevons ce défi. Je sais que vous serez nombreux à vous joindre à moi. Commençons dès aujourd’hui à nous investir dans cette cause. Travaillons en collaboration et agissons d’une façon qui soit digne de nos enfants.