Le décès de Bruce Phillips, O.C.

Honorables sénateurs, samedi, Bruce Phillips, un des journalistes les plus respectés du Canada, est décédé en Colombie-Britannique. C’est pour moi un honneur, aujourd’hui, de lui rendre hommage. Il avait 84 ans.

Bruce était un bon ami à moi et, pendant cinq ans, il a été aussi mon patron. C’était la belle époque sur la Colline — de 1979 à 1984 —, les cinq années où il a été mon patron. Nous avons eu beaucoup de plaisir ensemble. Votre Honneur, comme vous le savez, ce qui se passait dans le Cercle des journalistes restait dans le Cercle des journalistes; ce qui se passait sur la route restait sur la route; ce qui se passait au dîner annuel de la Tribune de la presse, eh bien, restait plus ou moins au dîner; ce qui se passait sur la Colline du Parlement, c’est une autre histoire.

Bruce était un homme bon et j’avais le plus grand respect pour lui. Les expériences que nous avons vécues ensemble se sont muées en souvenirs qui nous ont permis de rester proches, et j’en suis très heureux. La distance qu’il y avait entre nous au cours des dernières années, lui étant sur la côte Ouest, à la retraite, et moi, ici, n’a jamais altéré ni affaibli notre amitié.

En tant que journaliste, ce qui motivait Bruce, c’était le but même du journalisme — l’intérêt public. Cela peut sembler très vague, mais c’était clair pour Bruce. Ici, sur la Colline, et comme correspondant à l’étranger, il ne se contentait pas de couvrir les événements sociaux et politiques. Il allait au fond des choses : ce qui faisait leur importance et pourquoi les gens devaient en être informés, leur portée, les leçons à en tirer et les dangers qu’ils représentaient.

Les politiciens, tant à la Chambre des communes qu’au Sénat, prêtaient attention à son segment d’opinion au bulletin de nouvelles de CTV. Au bureau, nous l’avions surnommé Info-Bruce, mais le pays et les politiciens y prêtaient vraiment attention.

En tant que réalisateur et animateur de l’émission Question Period sur CTV, Bruce a mis pleinement ses talents à profit dans des discussions sur divers sujets. Grâce à son style, les téléspectateurs avaient l’impression d’être là, dans la même salle, et de participer au processus. Pour Bruce et ses fidèles téléspectateurs, cela était important. C’était ça, la couverture des affaires publiques.

Avant de devenir le commissaire à la protection de la vie privée du Canada, il a été ministre-conseiller à l’ambassade à Washington pendant un certain temps. Il a bien servi son pays et son ambassadeur. Puis, en 1991, Bruce est devenu commissaire à la protection de la vie privée. À cette époque, les préoccupations sur le plan de la protection de la vie privée étaient loin d’être aussi bien comprises qu’en 2000, date à laquelle il a quitté ce commissariat. Bien entendu, ce n’est pas un hasard. Dans le cadre de ses fonctions, Bruce était aussi déterminé, aussi convaincu de ses idées et aussi apte à faire avancer des dossiers que lorsqu’il était journaliste.

Il a permis à la population de mieux comprendre les questions liées à la vie privée et de reconnaître le devoir social de respecter la vie privée et de la protéger. Son rôle dans la création de lois et la sensibilisation du public nous a bien préparés au monde branché et intrusif dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Bruce était un défenseur de l’intérêt public, un décideur remarquable et un agent de changement formidable, mais il était aussi exceptionnellement accessible. Il avait un grand sens de l’humour, dont il se servait pour me faire rire, pour m’amadouer et, parfois, pour faire valoir un point.

À l’époque où je relevais de lui, Votre Honneur et chers collègues, je ressentais et respectais son autorité, parce qu’il était un homme influent. Il n’avait pas besoin de hausser la voix ou de se montrer sévère.

Pour terminer, il était Bruce, tout simplement, et c’était en soi une raison suffisante pour l’écouter et prêter attention à l’exemple qu’il donnait. Comme bien des Canadiens aujourd’hui, les souvenirs que je garde de Bruce sont associés à des idées et à des perspectives que j’admire. J’ai beaucoup de chance de l’avoir connu et de l’avoir compté parmi mes amis.

Bruce adorait ses filles. Je suis d’ailleurs content qu’il ait pu vivre près d’elles, en Colombie-Britanique, après sa retraite. Je leur offre mes sincères condoléances.

Merci.