Le décès de l’honorable Alasdair Graham, C.P.

Honorables sénateurs, ceux d’entre nous qui ont eu la chance de côtoyer la famille Graham savent qu’on appelait le sénateur Graham « oncle Al » ou « Big Al ». J’ai connu Al au début des années 1970, lorsque j’étais un journaliste enthousiaste sur la Colline du Parlement, et grâce à des amis, à des relations familiales et à d’autres relations politiques du domaine maritime.

Il semblait toujours pressé. Je sais qu’on surnommait l’ancien sénateur Hugh Segal le « joyeux combattant », mais je crois que le même surnom s’applique à Al Graham. Il serait peut-être plus juste de le surnommer le « joyeux voyageur ». À titre de président du Parti libéral du Canada, il était prêt à tout moment à tout faire et à aller n’importe où pour son premier ministre, Pierre Elliott Trudeau.

Lorsque nous étions appelés à faire des reportages sur les activités du premier ministre, on dirait que nous voyions toujours Al Graham arriver le premier dans la moindre ville du pays, pour y rassembler les troupes et veiller à ce que, quelques jours plus tard, lorsque M. Trudeau arriverait, la salle soit pleine de partisans libéraux enthousiastes.

À cette époque, il y avait suffisamment de députés libéraux pour former une bonne équipe de hockey. Big Al en était le capitaine. Je dois dire qu’il était plus facile de jouer contre lui que contre ses fils. Sa famille est une légende du hockey.

Ses enfants l’aimaient et il les aimait. Son éternel sourire et son enthousiasme communicatif définissaient sa personnalité, mais Al Graham savait également faire preuve de sensibilité, travailler avec sérieux et manifester son engagement indéfectible. C’est aujourd’hui, le 4 juin, le 26e anniversaire du massacre de la place Tiananmen, et je suis sûr que, si Al Graham était encore parmi nous, il aurait pris la parole au Sénat pour parler des droits de la personne.

Le joyeux voyageur prenait très au sérieux la défense des libertés démocratiques et des droits de la personne. Il parcourait le monde pour prendre part à des missions d’observation électorales. L’une d’entre elles est particulièrement mémorable. En 1986, le sénateur Graham faisait partie des observateurs électoraux aux Philippines. La corruption du régime Marcos qu’il avait pu voir là-bas l’avait hérissé. À l’époque, le sénateur Graham avait affirmé que les observateurs électoraux avaient pu constater de nombreux cas d’irrégularités, de fraude, d’achat de votes et d’intimidation.

La communauté philippine du Canada n’a jamais oublié les paroles courageuses du sénateur Al Graham, et elle était, elle aussi, à son chevet lorsqu’il est décédé en avril, à Halifax. Voilà qui en dit long sur l’homme.

En fin de compte, je crois qu’on peut mesurer la valeur d’une personne non pas en regardant ce qu’elle affirme vouloir faire, mais bien ce qu’elle a accompli. C’est là que la volonté entre en ligne de compte.

Le sort des personnes handicapées, en particulier les adultes ayant des besoins spéciaux, fait également partie des causes qui me tiennent à cœur. Comme on l’a indiqué, le sénateur Graham a été le premier ambassadeur et parrain national de L’Arche Canada. Nous savons que le mouvement de L’Arche a été fondé par Jean Vanier, le fils de l’ancien gouverneur général Georges Vanier. Al était un véritable apôtre de l’altruisme. Le joyeux voyageur se consacrait avec ferveur à cette cause.

Lorsqu’il est décédé, L’Arche Canada a écrit ceci :

[…] nous nous souvenons d’Al aujourd’hui comme d’un serviteur de la cause publique dévoué, d’un grand homme d’État et d’un homme doué d’une grande sagesse et de beaucoup de compassion.

Comme l’a dit mon leader, le sénateur Cowan, beaucoup d’entre nous ont participé aux funérailles d’Al à la basilique-cathédrale St. Mary’s à Halifax. Je n’avais jamais entendu une si belle interprétation de la chanson « Amazing Grace ». C’était la chanson idéale pour marquer le moment.

Ces mots, tirés de la nécrologie d’Al, décrivent parfaitement l’homme :

[…] Al possédait une sensibilité terre-à-terre propre au Cap- Breton et la capacité extraordinaire de communiquer avec les gens de toutes les couches de la société. Il voyait la beauté en chacun et traitait tout le monde avec dignité.

Pour moi, honorables sénateurs, Al Graham était un ami qui m’a enseigné, en montrant l’exemple, ce qu’on bon sénateur peut faire. Merci.