Le décès de Mark Dunn

Honorables sénateurs, c’est avec une immense tristesse que je prends la parole aujourd’hui pour rendre hommage à la mémoire d’un vieil ami. Pour être honnête, il n’était pas si vieux, et c’est ce qui rend cette nouvelle encore plus difficile à accepter.

Le 25 octobre, Mark Dunn est décédé à l’âge de 54 ans. Mark Dunn faisait partie du paysage politique sur la Colline du Parlement depuis, il me semble, une éternité. Il a occupé plusieurs fonctions importantes, allant de journaliste à conseiller auprès de certains ministres et chefs. J’ai connu Mark alors qu’il était journaliste. Que ce soit pour La Presse Canadienne ou pour Sun News, on savait quand Mark était dans la salle, quand il prenait part à un point de presse ou quand il posait une question. Je me suis toujours demandé comment une personne pouvait afficher un air aussi bourru tout en gardant le sourire.

C’est ici, à Ottawa, qu’il a occupé son dernier poste, celui de correspondant national principal pour Sun News. D’après les témoignages que j’ai entendus lors de la cérémonie de célébration de sa vie samedi dernier, il était très aimé et très respecté par l’équipe de Sun News.

Mais c’était toujours ainsi pour Mark. Dans certains milieux, bien des gens le craignaient. Comme on dit souvent, il tolérait mal la bêtise. Bien des choses ont été dites au sujet de Mark — par exemple, son langage très coloré pour tout décrire, surtout pour faire le portrait des politiciens. Cependant, Mark était aussi un enseignant, un rédacteur qui aidait ses collègues à améliorer leurs articles et un homme généreux qui partageait ses connaissances avec autrui.

Mark Dunn a connu une carrière hors du commun en tant que journaliste et à titre de conseiller d’un ministre et d’un chef de parti. Que dire de son parcours? Il a quitté Sun News en 2001 pour devenir conseiller politique de l’ancien ministre libéral Denis Coderre. Puis, il s’est joint à l’équipe de l’ancien chef libéral Stéphane Dion, pour enfin retourner chez Sun News. Voilà qui n’est pas à la portée de tout le monde, mais

Mark s’est montré à la hauteur grâce à sa facilité d’interagir avec les gens. Il avait à cœur le système politique, et il a pu le comprendre dans ses moindres détails. Infatigable, il posait des questions, fouillait et essayait de sentir le pouls de l’univers parlementaire.

Dans sa notice nécrologique, on peut lire que ses écrits journalistiques lui étaient inspirés par son aversion pour la stupidité et l’injustice. Il s’exprimait avec une intelligence marquée d’un humour irrévérencieux, dans une langue qu’il maîtrisait comme peu de journalistes arrivent à le faire.

La notice dit aussi que c’était le genre de journaliste de la vieille école qui ne craint rien et dont nous aurions encore désespérément besoin aujourd’hui. Un attaché de presse raconte que c’est lui qui lui a montré comment pester contre les journalistes en s’assurant qu’ils l’apprécient.

Il a été fidèle à lui-même en tant que conseiller pendant une campagne électorale. C’était en 2008. Lors de nos déplacements au cours de la campagne de Stéphane Dion, c’est grâce à sa vivacité d’esprit et à son humour mordant que nous avons pu demeurer sereins. Nous avons peut-être perdu les élections, mais Mark n’a jamais perdu son humanité et sa bienveillance à l’égard de ceux qui l’entouraient.

Honorables sénateurs, il est difficile de perdre un ami, n’est-ce pas? Mais c’est encore plus difficile de perdre son mari. Aujourd’hui, je voudrais souhaiter à Gloria Galloway, qui est journaliste au Globe and Mail, toute la force que peuvent lui inspirer les sentiments des nombreuses personnes pour lesquelles il était un ami, des autres pour lesquelles il a été un guide et des autres encore pour qui il fut un bon vieux collègue journaliste dont les bougonneries dans la tribune de la presse nous manqueront.

Les années passent et ne nous rajeunissent pas. Je voudrais dire à sa mère, Eleanor, avec laquelle j’ai travaillé au cours des années 1970, que je garde un souvenir impérissable des moments de la vie de son fils que j’ai partagés avec lui sur la route et, de temps en temps, dans un bar.

Quel compagnon, quel fils, quel mari, quel frère et quel beau-père! Mark Dunn a vécu pleinement une vie qu’il aimait passionnément. Bien entendu, il nous manquera beaucoup.