Le décès de Mme Eleanor R. Milne, La sculptrice du Dominion

Vous êtes un heureux guerrier et vous allez nous manquer, mais j’aimerais parler aujourd’hui d’une personne bien spéciale, qui a été parmi nous pendant un bon bout de temps, même si vous l’ignorez peut-être. Il s’agit d’une femme qui se nommait Eleanor Milne.

Honorables sénateurs, lorsque nous nous rendons chaque jour au Sénat, nous croisons des monuments nationaux extraordinaires et des vitraux qui illustrent des événements historiques et des aspirations sociales qui ont façonné notre pays. Certaines des plus importantes et des plus frappantes de ces œuvres d’art sont le fruit des mains habiles et de la vision artistique d’une femme appelée Eleanor Milne. Eleanor a été la sculpteure du Dominion du Canada pendant 30 ans, soit de 1963 à1994. Elle est décédée le mois dernier dans sa demeure, située dans le Glebe, le quartier d’Ottawa où j’habite.

Son histoire est tout à fait fascinante. Eleanor est née en 1925 et a vécu à Saint John, au Nouveau-Brunswick, pendant une partie de son enfance. Ensuite, elle a déménagé avec sa famille à Montréal, où elle a étudié et suivi des formations au Musée des beaux-arts de Montréal, à l’Université McGill et à l’École des beaux-arts de Montréal. Son désir d’apprendre et de développer ses aptitudes l’a aussi amenée à fréquenter le Central College of Arts and Crafts de Londres, en Angleterre, et l’Université de Syracuse, aux États-Unis.

Animée par une idée exacte de ce qu’elle souhaitait et pouvait accomplir, Eleanor n’a pas laissé les comportements chauvins envers les femmes de sa génération faire obstacle à ses aspirations. Pour remporter le concours et devenir la sculpteure du Dominion de notre pays, il lui a fallu surpasser 21 autres candidats. Elle était la seule femme à avoir participé au concours.

Nous avons beaucoup de chance de travailler ici et d’être en mesure d’admirer régulièrement les fruits du génie artistique d’Eleanor, qui comprennent la conception et l’exécution de la série de l’histoire du Canada qui se trouve dans le foyer de l’édifice du Centre — des milliers d’années d’histoire humaine et géographique puissamment illustrées dans une frise sculptée composée de 16 panneaux.

Si je n’ai pas déjà montré à quel point son travail lui tenait à cœur, je vous demanderais d’imaginer cette femme en train de sculpter dans cet édifice. Si les matériaux ne pouvaient pas être transportés à son atelier, elle sculptait sur place, soir après soir, parfois toute la nuit, en équilibre sur un échafaudage étroit à 20 pieds du sol.

Au Sénat, les œuvres d’Eleanor qui m’intéressent le plus sont celles qui arriveront prochainement. Après son contrat sur la Colline, elle a été occupée à mener à bien divers projets. Elle a notamment conçu les vitraux qui seront installés dans cette enceinte dans le cadre de travaux de rénovation majeurs à venir.

Il y a quelque chose de fort émouvant quand on pense que nombre d’entre nous, y compris l’heureux guerrier, et nos successeurs débattront de questions qui façonneront le pays à la lueur des rayons qui pénétreront les vitraux d’Eleanor Milne. Cette Canadienne exceptionnelle a vécu pleinement sa vie, à sa manière, et pour les générations d’aujourd’hui et de demain.