Le décès d’Eugène Rhéaume

Honorables sénateurs, j’aimerais prononcer quelques mots à la mémoire de mon bon ami Gene Rhéaume, décédé en novembre.

Dans les hommages qui lui ont été rendus depuis son décès, plusieurs soulignent les mêmes qualités : une façon particulière de s’exprimer, des histoires captivantes, sans oublier le sens de l’humour qu’il utilisait autant pour donner du poids à un argument que pour rapprocher les gens. Gene était un homme très réfléchi, généreux, brillant, dont le dévouement envers les droits des Métis et d’autres peuples autochtones a laissé des traces remarquables et permanentes dans notre pays.

Peu de gens s’en souviennent, mais Gene a été député des Territoires-du-Nord-Ouest au début des années 1960. Il fut le premier Métis à être élu au Parlement depuis Louis Riel.

Il dénonçait le gouvernement chaque fois qu’il voyait des injustices ou qu’il fallait défendre les droits des démunis, particulièrement des Autochtones. À titre d’exemple, il a signalé, en 1963, une situation tout à fait absurde : on acheminait l’électricité jusqu’à des agences gouvernementales du Nord du pays, mais sans desservir au passage les maisons des Autochtones installés dans les mêmes communautés.

Gene a perdu son siège lors des élections fédérales de 1965, mais il a respecté ses engagements. Il a contribué à établir le groupe de travail chargé du logement des Autochtones. À titre de président national, il a supervisé la construction et la rénovation de milliers de maisons dans des collectivités défavorisées. Gene a joué un rôle au sein de plusieurs commissions royales et comités qui ont montré le sort des Autochtones à toute une génération, et qui ont changé la démocratie canadienne de façon positive.

Tout au long de sa vie, Gene Rhéaume a établi des amitiés et des alliances solides qui l’ont aidé à faire avancer ses causes et à accroître son influence. En 1971, il a joué un rôle essentiel dans la création du Conseil national des Autochtones du Canada, devenu aujourd’hui le Congrès des Peuples Autochtones. Le conseil a donné une tribune essentielle aux Autochtones vivant hors des réserves, et il a permis de reconnaître les Métis dans le cadre de la Constitution.

Lorsqu’il était parmi nous, Gene a employé son temps de la façon la plus admirable qui soit. Il a encouragé les Canadiens à réfléchir, à agir avec compassion et à faire preuve d’engagement social. Avant sa mort, c’est lui qui a le mieux résumé sa vie :

Je me considère comme un homme satisfait de ce qu’il a accompli, comme une personne intéressante ayant de nombreux amis qui se plaisent en sa compagnie, et non comme quelqu’un d’amer rongé par le remord à cause de ce qu’il n’a pas fait ou n’a pas pu faire.

Gene était vraiment unique en son genre. Je suis fier de l’avoir eu pour ami.