Le vingtième anniversaire du massacre de la place Tiananmen

Honorables sénateurs, j’aurai peut-être de la difficulté à lire, mais le 3 juin marque l’anniversaire du massacre de la place Tiananmen. Bien que 12 heures nous en séparent, c’est déjà le 3 juin à Pékin.

Honorables sénateurs, ce tragique événement est survenu il y a 20 ans, mais l’horrible image du massacre est restée gravée dans ma mémoire. C’était le 3 juin au début de la soirée. Je me trouvais en compagnie de mon équipe de la chaîne CTV. Nous étions à proximité de la place Tiananmen. La foule qui scandait en mandarin « Longue vie à la démocratie » n’a pas bougé en voyant le petit char d’assaut qui se dirigeait vers elle. Les manifestants croyaient qu’il allait s’arrêter, mais il a poursuivi sa route.

De nombreuses personnes sont mortes ce soir-là ainsi qu’aux petites heures du 4 juin. Des centaines d’autres ont été blessées. Encore aujourd’hui, on ne connaît pas le bilan exact. Il y en a peut-être eu 300, ou encore 3 000.

Les semaines qui ont précédé la tragédie ont été remplies d’excitation. La Chine venait d’ouvrir la porte à l’Occident et un vent exaltant de liberté et de démocratie balayait toute la ville. Les jeunes étaient fébriles. On sentait l’espoir renaître.

De plus en plus de gens se rassemblaient sur la place Tiananmen. À la fin de la semaine, 100 000 personnes en occupaient chaque centimètre. Un sentiment de fête émanait de la foule, pas seulement des étudiants mais aussi des travailleurs, des médecins et des groupes religieux. Pékin donnait l’impression d’une ville libérée. Cependant, l’atmosphère a changé et la chaleur a fait place à un temps lourd et orageux. Le pessimisme a chassé l’optimisme.

On pouvait presque entendre se refermer lourdement la porte qui s’était ouverte brièvement sur la liberté. Des rumeurs ont commencé à circuler, annonçant l’approche de l’armée et la fin des manifestations, mais personne ne voulait croire que les chars d’assaut et la terreur remplaceraient l’espoir.

L’ambassade canadienne avait ordonné à tout le personnel non essentiel de quitter le pays. Ceux qui sont restés ont rempli leur cuisine de nourriture achetée dans les marchés publics pour se préparer aux événements qui allaient suivre. J’ai acheté des billets d’avion pour envoyer ma famille à Hong Kong. Je suis resté derrière pour couvrir la tragédie historique qui s’est produite.

C’était difficile. C’était difficile, même pour un reporter qui, comme moi, avait couvert bien des événements un peu partout dans le monde. C’était difficile de voir des gens mourir. C’était difficile de voir des étudiants se faire écraser. Vingt ans ont passé, mais bien des questions demeurent sans réponse.

La Chine est une puissance économique, un acteur mondial de premier plan qui prend de plus en plus de place. Mais, pour être un leader, il faut pouvoir rendre des comptes. Il faut pouvoir répondre aux questions difficiles.

Qu’est-il arrivé au couple qui a abordé mon équipe pendant que nous courions vers la place pour nous dire, dans un anglais hésitant : « Dites au monde ce qui se passe ici, s’il vous plaît »? Sont-ils en train de vieillir heureux?

Et ce jeune homme qu’on peut voir sur des photos et qui se trouvait tout près de moi, celui qui a été arrêté pour s’être courageusement interposé, au grand jour, devant les chars d’assaut? Connaîtrons-nous un jour sa vraie histoire?

J’aurais souhaité avoir plus de trois minutes pour continuer de raconter tout cela, mais je poursuivrai au cours des prochains jours.

Une page d’histoire a été écrite sur la place Tiananmen pendant ces chaudes semaines d’avril, de mai et de juin, mais il reste encore trop de questions sans réponse. J’attends encore.