Le massacre de la place Tiananmen — Le vingt-septième anniversaire

Honorables sénateurs, chaque année à la même époque, je rappelle au Sénat les horribles événements qui ont secoué la place Tiananmen les 3 et 4 juin 1989. Un seul mot peut décrire ce qui s’est alors passé, et ce mot, c’est « massacre ». Je le sais, j’étais là.

Pourtant, si vous viviez en Chine aujourd’hui, vous ignoreriez tout de cette tragédie. Pourquoi? Parce que le gouvernement chinois a effacé ces événements de la mémoire collective. Officiellement, le massacre de la place Tiananmen n’est jamais arrivé.

Les autorités chinoises ne veulent pas que la population sache qu’un million de personnes — des Chinois ordinaires : des étudiants, des enseignants, des médecins, des ouvriers, des mères, des pères et des enfants — ont pris d’assaut l’avenue Chang’an et sont descendus jusqu’au cœur de Pékin.

Que réclamaient tous ces gens? Ils voulaient simplement avoir leur mot à dire quant à la manière dont ils étaient gouvernés. Ils n’ont pas envahi la place Tiananmen dans le but de renverser le gouvernement. Ils exerçaient simplement un de leurs droits fondamentaux, le droit à la libre expression.

Hier, honorables sénateurs, la voix autoritaire de la Chine d’aujourd’hui a résonné ici même, à Ottawa. Les choses ont très peu changé depuis 1989. En fait, j’oserais même dire que, au chapitre des droits de la personne elles ont empiré. Hier, le ministre des Affaires étrangères de la Chine s’en est pris à une journaliste canadienne qui avait osé lui poser une question sur la situation des droits de la personne en Chine. Voici ce que Wang Yi lui a répondu :

Votre question est empreinte de préjugés et d’arrogance antichinoise […] C’est tout à fait inacceptable.

Saviez-vous que la Chine a inscrit la protection et la promotion des droits de la personne dans sa Constitution?

Monsieur Wang Yi, j’ai d’autres questions à vous poser. Pourquoi emprisonnez-vous sans cesse des gens qui veulent simplement se prévaloir de la liberté de parole, ce qui est un droit humain fondamental, sans même parler de ceux qui se prévalent de la liberté de presse?

Je vais me contenter de parler d’un seul dissident, Liu Xiaobo, un lauréat du prix Nobel de la paix, qui croupit dans la prison de Jinzhou dans la province de Liaoning.

Monsieur le ministre des Affaires étrangères, quel est le crime de M. Liu? Disait-il la vérité quand il a fait les remarques suivantes?

Tout simplement pour avoir exprimé une opinion politique divergente et avoir participé à un mouvement pacifique et démocratique, un enseignant a perdu son estrade, un auteur a perdu le droit de publier et un intellectuel a perdu le droit de s’exprimer publiquement. C’était triste, à la fois pour moi en tant qu’individu, et pour la Chine après trois décennies d’ouverture et de réformes.

Ce sont les mots de M. Liu.

Monsieur le ministre des Affaires étrangères, M. Liu purge une peine d’emprisonnement de 11 ans. Pourquoi avez-vous si peur? Pourquoi votre gouvernement continue-t-il d’emprisonner un si grand nombre de ses citoyens?

Monsieur le ministre des Affaires étrangères, je me souviens de tout ce que j’ai vu à la place Tiananmen en 1989. Je ne l’oublierai jamais. Je continuerai de poser des questions. Je le dois aux familles dont les enfants sont morts à la place Tiananmen et aux alentours.

Honorables sénateurs, il est paradoxal que, dans un pays comme le Canada où la liberté d’expression est permise, le ministre des Affaires étrangères d’un autre pays réprimande une journaliste canadienne parce qu’elle a posé une simple question sur la liberté d’expression et les violations des droits de la personne en Chine. Si une question similaire était posée à Pékin aujourd’hui sur ce qui s’est passé à la place Tiananmen en 1989, j’aimerais vous poser la question suivante, monsieur le ministre des Affaires étrangères : qu’arriverait-il à ce journaliste?

J’en ai des frissons rien qu’à songer aux conséquences.

Merci, honorables sénateurs.