Le décès de l’honorable Norman K. Atkins

Honorables sénateurs, je suis forcé de reconnaître qu’il y a des semaines plus pénibles que d’autres. Je venais tout juste de passer quelque temps à réfléchir au décès de l’ancien premier ministre Trudeau quand j’ai lu hier un hommage rendu à Mario Laguë, l’ancien directeur des communications de Michael Ignatieff, qui était un bon ami à moi. Et maintenant, c’est Norman, ou « Kemp », comme ses amis intimes l’appelaient, qui nous a quittés. J’ai du mal à le croire. Il ne devait pas partir si tôt. Il y avait encore tellement de choses dont nous aurions pu parler et tellement de choses qu’il aurait pu nous apprendre.

Il a été mon parrain au Sénat. L’allée qui est devant moi ne nous a jamais séparés. Elle servait plutôt de pont pour nos idées et notre amitié. Je crois sincèrement que le sénateur Atkins représentait une sorte de pont pour tous les membres de notre enceinte. Norman adorait cet endroit. En entrant dans son bureau, nous avions l’impression de rentrer dans l’histoire, de revenir aux belles années de Bill Davis et aux jours de gloire de Brian Mulroney. Norman faisait partie de la Grosse Machine bleue, mais cela le faisait rire quand il entendait cela.

Mettons de côté ces étiquettes et allégeances politiques pour un instant. Elles sont sans importance aujourd’hui. Ce qui compte, c’est la vie du sénateur Atkins. Combien de fois ai-je vu des sénateurs des deux côtés aller s’asseoir près de Norman, ce véritable pont, parler avec lui et repartir confortés dans l’idée qu’ils étaient devenus momentanément plus sages? Norman croyait sincèrement au Sénat.

Je me souviens de toute l’aide que Norman et le sénateur Michael Forrestall m’ont apportée lorsque je siégeais au Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense. Nous tenions des audiences à Washington. Ils ont partagé avec moi ce qu’ils savaient, ce qui fut merveilleux, assouvissant sans la moindre hésitation mon besoin insatiable de comprendre les enjeux. Notre amitié était tout aussi, voire plus importante encore. Une fois les audiences terminées, nous avons assisté à une partie de baseball et avons bien rigolé, une véritable heure de gloire. Ce n’était pas politique. Norman personnifiait encore une fois un pont vers un bon endroit. Je parle de cette grâce à laquelle on ne s’attend pas toujours en vieillissant, soit celle de pouvoir nouer des liens d’amitié nouveaux et durables.

On a toujours tant à apprendre, et il était dans la nature de Norman d’enseigner. Il m’a enseigné, comme à d’autres sénateurs, j’en suis certain, son histoire politique. Il était vraiment bien informé et capable de motiver les autres. Ce militant, cet homme politique n’a jamais eu peur de relever un défi.

En terminant, je rappellerai aux sénateurs un passage du discours que le sénateur Atkins a prononcé à l’occasion de son départ à la retraite, il n’y a pas si longtemps. Parlant de l’influence que son père, qui avait combattu sur la crête de Vimy, avait exercée sur lui, il a dit ceci :

Mon père m’a énormément appris sur les valeurs, l’éthique, la loyauté à une cause et la fidélité à ses convictions personnelles. Il était tellement fier de son pays et de son peuple. Il fut ma principale influence. C’était un homme bon.

Norman, vous avez été ma principale influence au Sénat et vous aussi étiez un homme bon. Merci.