Le recours aux banques alimentaires au Canada

Honorables sénateurs, s’il y avait un Sénat élu, je me porterais candidat et je gagnerais.

Les sénateurs savent-ils que les enfants et les jeunes représentent 21 p. 100 de notre population, mais 38 p. 100 des Canadiens qui ont recours aux banques alimentaires? Savent-ils que, au Nunavut, les gens consacrent en moyenne 25 p. 100 de leur budget annuel à la nourriture, comparativement à 11 p. 100 ailleurs au Canada? Le prix exorbitant des aliments au Nunavut — il faut, par exemple, débourser 17 $ pour du lait, et 29 $ pour du fromage — est à l’origine de cette « insécurité alimentaire » et explique pourquoi un pourcentage si élevé de gens ont de la difficulté à se nourrir dans le Nord.

Les sénateurs savent-ils que, à cette époque-ci de l’année, les banques alimentaires canadiennes fournissent, chaque mois, l’équivalent de cinq jours de nourriture à une population égale à la population totale du Nouveau-Brunswick? Selon le septième rapport annuel de Banques alimentaires Canada, intitulé Bilan-Faim 2012, plus de 882 000 personnes se sont tournées vers les banques alimentaires en mars 2012 au Canada, soit 2,4 p 100 de plus qu’en 2011 et 31 p. 100 de plus qu’en 2008.

Parallèlement, les banques alimentaires peinent à répondre à la demande. Au cours de la dernière année, plus de la moitié des banques alimentaires du Canada ont dû réduire la quantité d’aliments qu’ils fournissent d’ordinaire aux ménages. En fait, plusieurs d’entre elles ont manqué de nourriture.

Les dons, même s’ils seront toujours nécessaires, ne permettent pas de s’attaquer aux causes profondes de ce problème préoccupant et inacceptable. Chacun de nous, dans chaque ordre de gouvernement, a la responsabilité morale et partagée de réduire l’ampleur du problème. Pourquoi, plus de 30 ans après l’ouverture de la première banque alimentaire du Canada, les gens ont-ils toujours besoin de recourir à leurs services?

Selon le Bilan-Faim 2012, le recours aux banques alimentaires a augmenté et est devenu plus complexe au fil des ans. Comme je le disais, certaines personnes, tels que les enfants, les jeunes et les Autochtones, sont nettement plus susceptibles d’y recourir. Plusieurs de sénateurs seront peut-être surpris d’apprendre que même des travailleurs, des familles biparentales, des aînés, des propriétaires et des étudiants y ont recours.

Il y a quelques années, lorsque j’étais journaliste, j’ai écrit un article sur des membres du personnel militaire à Halifax qui devaient recourir aux banques alimentaires pour arriver à joindre les deux bouts. La plupart des gens n’y ont recours que temporairement, mais une personne en manque de nourriture est toujours là pour venir après eux.

Banques alimentaires Canada a déterminé la principale raison qui explique pourquoi les Canadiens se tournent de plus en plus vers les banques alimentaires. Quelle est cette raison? C’est simple : un faible revenu. Voilà. Cet organisme a formulé une série de recommandations solides, basées sur des données objectives. Le gouvernement fédéral doit investir davantage dans le logement abordable, faire en sorte que les aînés vulnérables dispose d’une pension adéquate et améliorer les perspectives d’emplois bien rémunérés. Toutes les recommandations s’adressent à chacun des ordres de gouvernement et à chacun de nous. Je vous prie d’y réfléchir en cette saison des Fêtes.

Honorables sénateurs, je vous prie de considérer les recommandations de Banques alimentaires Canada et de contribuer comme vous le pouvez, à titre officiel ou personnel, aux banques alimentaires.