Les droits de la personne en Iran

Honorables sénateurs, je félicite moi aussi le sénateur Frum de son interpellation visant à condamner les violations des droits de la personne en Iran.

Si déchirante que fut l’écoute des témoignages de nos collègues la semaine dernière au sujet de citoyens iraniens détenus illégalement et torturés, je suis néanmoins reconnaissant. L’interpellation du sénateur Frum ne pouvait pas mieux tomber et je suis sensible à son initiative. Je profite également de l’occasion qui m’est donnée aujourd’hui pour exprimer ma répugnance à l’endroit du pouvoir en place dans ce pays.

Comme je l’ai dit la semaine dernière, en 1987, j’étais en affectation en Iran pour couvrir la guerre du Golfe et la détention d’un ingénieur canadien dans la prison d’Evin — il n’est pas facile pour moi de parler de cette époque-là. Je me tenais à l’extérieur du périmètre de la prison, libre d’observer les activités qui se déroulaient autour de moi. Il y avait un écart certain entre ce que j’observais et ce qu’on m’empêchait d’observer à l’intérieur du périmètre, mais cet écart n’était pas aussi vaste que vous pourriez le penser.

En Iran, la vie de tous les jours est soumise à de nombreuses restrictions. Qu’est-ce que ce doit être de vivre dans un pays où les femmes et les filles n’ont pas le droit de choisir les vêtements qu’elles vont porter, où l’on peut être capturé chez soi, détenu, interrogé et torturé, sans jamais connaître le crime dont ont est accusé? Quel effet doit avoir sur l’esprit humain l’obligation de se conformer en tout temps aux normes socio-religieuses du gouvernement, faute de quoi on expose sa personne, ainsi que ses amis et sa famille, à des sanctions?

En tant que journaliste chargé de partager mes observations, j’étais sur mes gardes et je sentais que tous les regards étaient sur moi. Je trouvais le système de croyances de l’Iran étrange et indécent, mais l’étranger, c’était moi; 25 ans plus tard, la crise des droits de la personne en Iran continue d’empirer tous les jours. Malgré les restrictions sévères imposées par le gouvernement sur les reportages et les activités de surveillance indépendantes, nous avons suffisamment d’information pour nous faire une idée claire de l’effroyable situation en Iran. Comme l’a dit Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient à Human Rights Watch, le gouvernement de l’Iran étouffe toute voix dissidente et se moque de la préoccupation croissante de la communauté internationale à propos des droits de la personne.

Dans son Rapport mondial 2012, l’organisme Human Rights Watch fournit des preuves accablantes que l’Iran viole les droits de la personne de façon impitoyable et systématique. Comme l’a mentionné le sénateur Cowan, les autorités iraniennes ont procédé l’an dernier à 600 exécutions, alors que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et quatre experts de l’ONU réclamaient l’imposition d’un moratoire sur la peine de mort.

Les limites imposées aux droits et libertés sont nombreuses, mais les pouvoirs horribles des autorités iraniennes sont tout simplement sans limite. La loi iranienne permet de condamner à mort des personnes qui ont atteint la puberté. Qu’est-ce que cela veut dire exactement? Honorables sénateurs, en Iran, l’âge de la puberté est de 15 ans pour les garçons, et de 9 ans pour les filles. En 2011, les tribunaux iraniens ont autorisé l’exécution de trois enfants. Qu’est- ce que ce doit être de grandir dans un pays où l’expression de soi peut avoir de graves conséquences et de savoir que la situation dans le pays est en train de s’aggraver?

À la suite des élections présidentielles de 2009, le gouvernement a lancé une campagne de répression des manifestations contre le gouvernement. Cette répression est toujours en cours, et elle cible ceux qui militent pour des causes sociales, y compris les défenseurs des droits des femmes, les avocats, les étudiants et les journalistes. Les sénateurs qui, la semaine dernière, ont condamné les violations des droits de la personne en Iran ont souligné les épreuves subies par diverses personnes. Nous avons entendu parler d’hommes et de femmes aux expériences personnelles et professionnelles diverses qui ont cependant tous souffert à cause des mesures de sécurité draconiennes prises par les autorités iraniennes, et qui continuent d’en souffrir.

Alors que le pays est sur le point de tenir ses prochaines élections présidentielles, qui auront lieu le 2 mars, les défenseurs des droits de la personne, en Iran et dans le reste du monde, sont sur le qui-vive. Les événements passés et actuels portent à croire que ces élections seront frauduleuses; c’est un affront de plus à la démocratie. Elles pourraient aussi donner lieu à des affrontements violents entre la police et les manifestants.

Devant cette crise, nous devons garder à l’esprit que c’est le respect des droits de la personne et des libertés qui fait toute la force du Canada et des autres pays qui défendent ces mêmes valeurs. L’Iran démontre, par son terrible système de gouvernement, toute la crainte que lui inspire sa population. Un gouvernement qui crache sur les droits de ses citoyens est un gouvernement maintenu en place par la lâcheté.

Il est possible de relever ce défi. Le Canada fait partie d’un groupe impressionnant de nations et de mécanismes internationaux qui pourront y arriver. Nous devons prendre toutes les mesures raisonnables, y compris un renforcement des sanctions. Les dirigeants de l’Iran peuvent bien dire ce qu’ils veulent de l’autonomie de leur pays et du ressentiment envers l’Ouest, c’est de la fanfaronnade.

La semaine dernière, quand l’ambassadeur iranien aux Nations Unies, Mohammad Khazaee, a rencontré un groupe de rédacteurs du New York Times, il a reconnu que les sanctions se faisaient lourdement sentir. Il a déclaré ce qui suit :

La bonne nouvelle, c’est que nous avons appris à vivre avec les sanctions. Mais personne ne peut prétendre que nous n’en ressentons pas les effets.

Je crois fermement que tout rôle officiel que le Canada envisage de jouer doit s’inscrire dans le cadre des Nations Unies. Même si les rumeurs de guerre se font entendre, nous devons garder la tête froide et faire attention au rôle que nous jouerons.

L’interpellation lancée par le sénateur Frum est une bonne interpellation. Elle porte sur les droits de la personne. Une interpellation comme celle-là prouve que les sénateurs des deux côtés peuvent s’entendre. Le gouvernement iranien maltraite, tue et torture ses citoyens. Lors de leurs interventions, les sénateurs conservateurs ont su mettre des visages sur les cas d’abus : des personnes en chair et en os qui essaient de vivre leur vie.

Nous ne devons jamais leur tourner le dos ni les laisser tomber. Nous devons toujours faire entendre nos opinions et croire qu’un jour, l’Iran reconnaîtra et garantira les droits fondamentaux de son peuple et que les Iraniens seront libres — libres de pratiquer la religion de leur choix, libres de penser, libres d’aimer, libres de porter ce qu’ils veulent et libres voter en sachant qu’ils aident à façonner un avenir meilleur pour eux-mêmes et les générations à venir et qu’ils créent une véritable démocratie.