L’honorable Joyce Fairbairn, C.P.

Honorables sénateurs, je ne pouvais m’empêcher de dire quelques mots aujourd’hui au sujet de notre ancienne collègue, Joyce Fairbairn. Joyce, la femme en rouge qui s’asseyait dans la première rangée pendant tant d’années, juste là. D’ailleurs, elle était toujours au premier rang, à l’avant-plan de la Colline du Parlement. C’était tout simplement ainsi.

Joyce, la femme qui était la première parmi ses pairs dans tellement de fonctions; Joyce, la femme d’action qui a ouvert la voie à d’autres; Joyce, la partisane, la libérale convaincue.

Honorables sénateurs, si je ne puis m’empêcher d’évoquer son nom aujourd’hui, la raison est toute simple : c’est aujourd’hui que naissait Joyce il y a 75 ans, en 1939.

Dans cette enceinte qui lui tenait à cœur, elle aurait prononcé aujourd’hui son discours de départ à la retraite. Aujourd’hui, j’aimerais être votre porte-parole pour parler de la Joyce Fairbairn que nous connaissons et aimons tous.

Aujourd’hui, elle est à Lethbridge, en Alberta, la ville qu’elle aime, où ses proches prennent soin d’elle et l’entourent de leur amour. J’aimerais de notre côté que nous réfléchissions à ce que cette excellente sénatrice a fait pour son pays. Elle a rendu service à ses concitoyens et elle a été une source d’inspiration pour eux. C’est aussi simple que cela.

Joyce aimait parler de l’époque où elle était journaliste sur la Colline. Au cours des années 1960, il y avait très peu de femmes journalistes. Elle était l’une des premières. Joyce aimait beaucoup dire qu’elle a été la première Canadienne à percer le milieu masculin du journalisme.

Honorables sénateurs, ce n’est pas tout. Elle a été la première femme à occuper le poste de leader du gouvernement au Sénat. Pouvez-vous imaginer? La première femme, c’était en 1993, et il y a eu ensuite les sénatrices LeBreton et Carstairs. La sénatrice Marjory LeBreton la surnommait la pionnière albertaine, alors que le sénateur Jim Cowan disait d’elle qu’elle était une parlementaire remarquable.

Au fil des ans, Joyce Fairbairn a été une pionnière à plusieurs titres : chef honoraire des Gens-du-Sang et colonel honoraire de l’armée. Il y a même des bourses qui portent son nom. Sans elle, le mouvement paralympique n’existerait pas au Canada; c’est aussi simple que cela. Elle talonnait sans relâche son patron, le premier ministre, jusqu’à ce qu’elle réussisse à faire bouger les choses. Elle produisait des résultats.

Nous étions tous les deux aux Jeux paralympiques de Vancouver, à l’aréna Thunderbird. L’hymne national venait de prendre fin. L’équipe de hockey sur luge était sur la glace. Les joueurs se sont alors dirigés vers la ligne bleue, devant Joyce, et ont levé leurs bâtons d’un même geste. Nous avons tous pleuré. On ne peut pas imaginer quelque chose de plus touchant.

Elle a ouvert de nombreuses portes et fait énormément de choses admirables. On ne compte plus ses réalisations à titre de championne de l’alphabétisation. Joyce Fairbairn, la grande dame, s’est fait le porte-voix des gens qui ne pouvaient ni lire ni écrire. En sa qualité de leader du gouvernement au Sénat, elle était aussi ministre responsable de l’Alphabétisation. Imaginez : une ministre dont la fonction est de s’occuper de l’alphabétisation.

Honorables sénateurs, devant l’édifice se trouve la statue des Cinq femmes célèbres; peut-être qu’un jour, elles seront six.

J’aimerais terminer sur une réflexion toute personnelle : il y a deux ans, Joyce m’a invité dans sa ville chérie, Lethbridge, où on dit que tout le monde connaît son nom. C’était durant la tenue des Whoop-Up Days, et les organisateurs m’ont demandé de monter à bord d’une décapotable en compagnie de Joyce à l’occasion du défilé. Personne ne savait qui j’étais, mais tout le monde connaissait Joyce. Et Joyce connaissait tout le monde.

Après un temps, j’ai cru que le défilé ne prendrait jamais fin. J’ai finalement demandé à Joyce pour combien de temps nous en avions encore, et elle m’a répondu spontanément : « Jim, peu importe le temps qu’il reste, gardez le sourire. » « Gardez le sourire »; je crois que ce devrait être notre devise pour aujourd’hui : gardons le sourire et laissons-nous emplir d’espoir, d’empathie et de gratitude. Joyce Fairbairn a 75 ans aujourd’hui.