Navid Khanjani

Honorables sénateurs, il fut un temps où j’étais journaliste. Vers la fin des années 1980, j’ai été dépêché en Iran alors que je travaillais à Londres. Nous avions été bien accueillis. À l’époque, le gouvernement iranien avait même invité des journalistes occidentaux à venir dans le pays. J’avais compris que ce voyage ne se déroulerait pas trop bien lorsque nous avions été bloqués dans le chenal de Chatt-el-Arab pendant les combats entre l’Iran et l’Irak. Ce fut une semaine vraiment horrible. Je ne pensais pas pouvoir le dire — je ne l’ai d’ailleurs jamais fait en public —, mais lorsqu’on nous a ramenés à Téhéran à bord d’un avion Hercules, je me suis dit : « Mon Dieu, c’est bon d’être de retour à Téhéran. »

Toutefois, lorsque nous sommes arrivés à Téhéran, les autorités nous avaient obligés à marcher le long d’un tapis portant l’image du président des États-Unis. Les responsables voulaient nous imposer de nous essuyer les pieds sur la face du président américain. Je n’allais certainement pas le faire. J’avais donc sauté par-dessus.

Ensuite, lorsque nous sommes arrivés à notre hôtel, il y avait une grande pancarte disant : « Mort à l’Amérique ». J’ai su alors que ce voyage ne serait pas de tout repos.

Après toutes ces années, je ne crois pas que la situation ait beaucoup changé. Je sais qu’il y a eu des contacts et qu’il y a beaucoup de bonnes personnes en Iran qui n’ont pas le droit de se faire entendre. Nous en avons été témoins lorsque des troubles ont éclaté dans les rues de Téhéran.

Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui pour attirer votre attention sur la cause de Navid Khanjani, courageux défenseur des droits de la personne qui a actuellement besoin de notre aide. Cet homme de 29 ans est en prison à cause de ses activités pacifiques de défense des droits de la personne et son appartenance à des groupes de promotions de ces droits en Iran. Toutefois, parce qu’il se trouve que Navid appartient à la foi baha’ie, les autorités iraniennes ont été beaucoup plus sévères envers lui qu’envers les autres activistes persécutés en Iran. Navid a été arrêté pour la première fois en mars 2010 à Ispahan, la ville où il vivait, puis emprisonné dans la prison d’Evin, à Téhéran. Je me suis tenu à l’extérieur du périmètre de cette prison, et j’ai frissonné quand j’ai pensé à ce qui se passait à l’intérieur. En décembre 2010, un tribunal iranien a condamné Navid à 15 ans de prison après avoir été reconnu coupable d’accusations ridicules comme « avoir suscité un malaise dans l’esprit de la population » et « avoir diffusé de la propagande contre le régime ». Autrement dit, Navid a été condamné à 15 ans de prison pour avoir exercé son droit fondamental à la liberté de parole et d’expression. À l’époque, c’était la peine d’emprisonnement la plus longue que l’Iran avait jamais infligée à un défenseur des droits de la personne. Toutefois, un an plus tard, les autorités iraniennes ont réduit légèrement sa peine, la faisant passer à 12 ans. Navid a fini par être libéré de la prison d’Evin, après le versement d’une lourde caution de 100 000 dollars américains. Cependant, à l’été 2012, il a été arrêté de nouveau alors qu’il travaillait bénévolement comme secouriste pour aider les victimes d’un tremblement de terre dévastateur qui avait frappé la province d’Azerbaïdjan orientale, en Iran. En août 2012, les autorités iraniennes ont arrêté Navid, ainsi que 40 autres bénévoles venus aider les victimes du séisme.

Depuis six ans, Navid a passé de longues périodes en isolement cellulaire et a été torture physiquement et psychologiquement. Il se trouve actuellement dans la tristement célèbre prison de Rajai Shahr, où il est détenu avec d’autres prisonniers politiques tels que Saeed Shirzad, un autre militant qui a été arrêté à l’été 2012 pour avoir fourni de l’aide aux victimes du séisme. Imaginez cela.

Honorables sénateurs, joignez-vous à moi pour exhorter les autorités iraniennes à permettre au rapporteur spécial des Nations Unies, Ahmed Shaheed, de visiter l’Iran. En passant, M. Shaheed a comparu la semaine dernière devant notre Comité des droits de la personne, dans le cadre d’une téléconférence à partir de Genève. Il est le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Iran, mais les autorités iraniennes ne veulent pas le laisser entrer au pays. Quelles conclusions devons-nous en tirer?

En tant que membre du Sénat du Canada, je demande la libération immédiate du prisonnier d’opinion Navid Khajani.