Projet de loi sur la Journée nationale de la santé et de la condition physique—Deuxième lecture

Merci, Votre Honneur. Je ne semble peut-être pas être en bonne condition physique aujourd’hui, mais j’espère l’être suffisamment pour appuyer le projet de loi de la sénatrice Nancy Greene Raine, qui vise à instaurer une journée nationale de promotion de la santé et de la condition physique auprès de tous les Canadiens.

La personne qui parraine ce projet de loi, la sénatrice Nancy Greene Raine, est depuis longtemps déterminée à encourager les Canadiens à être plus actifs. Son engagement est un autre bon exemple de la façon dont nous pouvons tirer profit de notre rôle de sénateurs pour promouvoir des dossiers importants et améliorer la vie de la population. La sénatrice Raine se fonde également sur son expérience et sa réputation à titre de médaillée olympique — je me souviens moi-même de ses performances en ski alpin —, et en tant qu’athlète célèbre et respectée qui a fait la promotion du ski alpin, notamment grâce à des programmes comme ceux de la Nancy Greene Ski League, qui permettent d’enseigner les rudiments de la course aux jeunes enfants.

Il s’agit d’un projet de loi simple, mais très important et d’une grande utilité. Nous savons tous que les passe-temps sédentaires et les mauvaises habitudes alimentaires sont depuis trop longtemps à la hausse chez les enfants et dans l’ensemble de la population canadienne. Au pays, un enfant sur trois souffre d’embonpoint ou d’obésité.

Les causes de cette tendance alarmante sont claires : suralimentation, consommation d’aliments mauvais pour la santé, soit riches en sucre, en sel et en gras et sans grande valeur nutritive, manque d’exercice. Seul un faible pourcentage — moins de 15 p. 100 — des enfants canadiens font la quantité d’activité physique quotidienne recommandée pour eux.

La sénatrice Raine et nos collègues qui ont déjà applaudi à l’objet du projet de loi S-211 ont brossé de la situation un tableau détaillé qui ne ressemble guère, je crois, à celui que la plupart d’entre nous ont connu, enfants. Au lieu de courir dehors, de faire du vélo et de jouer au hockey dans la rue avec leurs amis du voisinage, les enfants s’installent devant la télé et l’ordinateur tous les jours après l’école et les fins de semaine.

Je pense que les seules fois où ils lèvent le nez, sur le terrain de jeu, c’est quand ils butent les uns sur les autres tellement ils sont concentrés sur leur iPhone ou leur appareil BlackBerry.

Imaginez renoncer à un gazouillis pour jouer au hockey dans la rue.

Ils ratent ce qui est, à mes yeux, le summum de la liberté : avoir tellement de plaisir qu’on ne remarque même pas qu’on est en sueur et à bout de souffle. Cela peut sembler épouvantable, mais si vous avez déjà éprouvé cette sensation, vous savez que c’est tout le contraire; c’est revigorant.

Depuis au moins une génération, la détérioration de la condition physique touche tous les groupes d’âge. En 2007, plus de 25 ans après la dernière étude nationale approfondie sur la question, Statistique Canada, de concert avec Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada, a entrepris une évaluation complète de la condition physique des Canadiens adultes.

Les données de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé nous apprennent que la fréquence de conditions physiques peu optimales ne cesse d’augmenter. Nous savons déjà que ce phénomène entraînera inévitablement une augmentation du risque de problèmes de santé, qui sera quatre fois supérieur à ce qu’il était pendant les années 1980 pour la même classe d’âge.

En fonction du point de vue que l’on a et de ce sur quoi on choisit de se concentrer — le sort de la population, qui comprend des millions d’enfants, le rôle des parents, les intentions des sociétés pour qui les comportements actuels sont profitables —, la situation peut engendrer une certaine tristesse, ou encore un dégoût ou de la frustration, de la colère et peut-être même un léger sentiment de culpabilité.

Nous ne pouvons être la dernière génération qui se souvient qu’il y a autre chose à faire à part jouer à des jeux vidéo, regarder la télé spécialisée sur demande, consommer de la nourriture instantanée et de la malbouffe et socialiser à l’aide de nos téléphones intelligents. J’ai beau sonner comme un vieux rabat-joie, ce n’est pas ce que je ressens en mon for intérieur, surtout pas après avoir vu les Canadiens de Montréal remporter tout un match la fin de semaine dernière; ils gagneront ce soir aussi. Peut-être que je critique les inventions et les habitudes modernes parce que je suis en décalage par rapport à la réalité actuelle, mais je crois dur comme fer que c’est la variété qui nous garde jeunes d’esprit et que l’excès est toujours malsain.

J’ai beau ne jamais avoir été un athlète professionnel, j’ai beaucoup appris à propos des mérites de la pratique, de l’esprit d’équipe et du désir de dépasser ses limites pour avoir joué au hockey sur étang et au hockey de rivière, et pour avoir voulu franchir la ligne d’arrivée avant mes amis. Le sport et l’activité physique nous apprennent des leçons de vie irremplaçables, en plus de nous rendre plus forts et mieux coordonnés.

Personnellement, comme je représente la division sénatoriale Ottawa/Canal Rideau, j’ai la chance d’habiter près du canal en question. Le canal est non seulement un site du patrimoine mondial de l’UNESCO, mais aussi mon terrain de jeu, où je patine l’hiver et où je fais du vélo et du patin à roues alignées le reste de l’année. L’année dernière, je l’ai parcouru en patins 32 fois. Je l’aurais fait plus souvent si le temps n’avait pas été si glacial. Chaque année, je vois les élèves d’une école locale patiner sur le canal. Ils le font une fois par année, mais ce serait encore mieux s’ils le faisaient une fois par semaine.

L’attrait de cet exercice devrait découler de la satisfaction et de la joie qu’on éprouve à le faire, plutôt que des statistiques et des études qu’on pourrait citer à cet égard. Tous les Canadiens devraient avoir l’occasion de ressentir cela, et il est probable que, après avoir éprouvé ces sentiments, leur condition physique et leur santé deviendraient de plus en plus prioritaires à leurs yeux.

Il s’agit là d’un processus, et le projet de loi S-211, Loi sur la Journée nationale de la santé et de la condition physique, cadre bien dans ce processus. Les Canadiens doivent être exposés à l’idée que la santé et la condition physique importent et qu’elles représentent des objectifs valables et atteignables. Nous pouvons réussir à transmettre cette idée, étape par étape, et nous pourrons, par la suite, la développer davantage

Pour ma part, je pense qu’en cette nouvelle ère d’indépendance, les sénateurs pourraient donner l’exemple.

L’autre jour, un journaliste a dit de moi que j’évoluais libre de toute contrainte. C’est donc à ce titre que j’invite les sénateurs conservateurs à s’engager avec moi non pas sur la voie de la réussite politique, mais sur la voie de la bonne forme physique. Tous les mercredis, après avoir assimilé tous les renseignements que votre caucus conservateur vous transmet, vous pourriez m’accompagner dans une marche le long de mon merveilleux canal, habités par la pensée que vous faites non seulement quelque chose de bien pour votre pays, mais aussi quelque chose de bien pour vous.

En outre, si le cœur vous en dit, nous devrions lancer une campagne « Allez marcher avec un sénateur ». J’ignore où, mais allez faire une promenade. Dans le cas du sénateur Dan Lang, ce pourrait être la campagne « Allez courir avec un sénateur ». L’avantage, c’est que si vous êtes assez en forme, les journalistes ne peuvent pas vous attraper.

Sérieusement, la sénatrice Nancy Greene Raine vise ainsi un nouveau sommet en entreprenant de convaincre les Canadiens de se mettre en forme. Nous pouvons y arriver, mais seulement si nous travaillons ensemble.

En 2010, en sa qualité de sénatrice et d’ambassadrice du Canada aux Olympiques d’hiver de cette année-là, la sénatrice Raine a émis un avis d’interpellation pour attirer l’attention du Sénat sur les moyens d’encourager les Canadiens, et surtout les enfants, à améliorer leur forme physique et leur santé. Je vais vous répéter ses propos, car ce qu’elle a dit est toujours vrai aujourd’hui :

Tout le monde sait que nous sommes aux prises avec un grave problème. Des recherches l’ont montré. Nous n’avons pas besoin de faire d’autres études pour en être convaincus. Nous savons aussi que le problème ne peut être réglé facilement ou sans la participation de tous les ordres de gouvernement et des citoyens eux-mêmes.

À la fin des années 1980 et pendant les années 1990, Santé Canada s’est mis à travailler en partenariat avec des organisations du secteur privé et du secteur sans but lucratif pour mener des campagnes nationales visant à améliorer la santé des Canadiens. Que ce soit le Guide alimentaire canadien ou des publicités sur les dangers du tabagisme et de la fumée secondaire, ces campagnes avaient recours à toutes sortes de tactiques pour interpeller les citoyens. C’est à ce moment-là que l’expression « marketing social » s’est vraiment implantée.

L’une des meilleures explications que j’aie entendues pour m’aider à comprendre comment fonctionne le marketing social est la suivante : le marketing social n’a pas pour but de changer le comportement des gens, il vise plutôt à influer sur le milieu pour qu’ils soient plus susceptibles de réfléchir et de prendre certaines mesures.

Je comprends que ce n’est peut-être pas facile à comprendre du premier coup, mais cette expression donne les grandes lignes des étapes en vue de motiver les gens à améliorer leur vie.

Si vous voulez avoir un bon exemple actuel de la manière dont le marketing social peut être utilisé pour améliorer la condition physique des Canadiens, je vous encourage à jeter un coup d’œil au programme ParticipACTION. Ce nom vous rappelle-t-il quelque chose? Nous devrions revenir à ce programme. Je suis certain que ce nom vous dit quelque chose. Ce programme a vu le jour durant les années 1970 et a graduellement sombré dans l’oubli après plusieurs années de succès, mais il a été relancé et nous encourage encore une fois à être plus actifs et à aider les autres dans nos collectivités à faire de même.

L’une des initiatives que j’affectionne particulièrement vise les enfants, mais elle s’adresse aux parents, aux enseignants et aux autres personnes qui influencent nos jeunes. Il s’agit de l’initiative Recommençons à jouer!

Tout comme il y a des étapes à franchir pour être plus en santé et avoir une meilleure condition physique, il y en a également pour inciter les personnes, les collectivités et tous les ordres de gouvernement à inspirer les gens à avoir une meilleure santé. Si le Parlement accepte d’adopter le projet de loi S-211 et d’en faire une loi, nous disposerons d’un nouveau moyen important en vue d’améliorer la santé des Canadiens. Le 1er juin deviendra la journée où les groupes, les clubs, les particuliers, les sénateurs et les députés de partout au pays organiseront des activités en vue de promouvoir une vie active, d’inviter les gens de leur collectivité à essayer les installations de conditionnement physique, de participer à des défis sportifs amusants ou de faire ce qui leur plaît pour appuyer l’objectif essentiel de la Journée nationale de la santé et de la condition physique.

D’une année à l’autre, nous serons témoins d’un élan positif parmi les Canadiens et les organismes de tous les horizons qui planifieront et qui organiseront ensemble des activités spéciales. De plus en plus de municipalités s’engagent à participer. Par-dessus tout, un nombre croissant de personnes reconnaissent l’importance de la santé et du conditionnement physique et se disent inspirées à prendre des mesures en ce sens.

J’aimerais conclure sur une note personnelle à propos d’un vieil ami de la côte nord du Nouveau-Brunswick, où j’ai grandi. Il n’y a aucun endroit comparable à cette côte nord. L’éthique du conditionnement physique d’un vieux compagnon de hockey du Nouveau-Brunswick m’a toujours inspiré. Il a joué pour Scotty Bowman ici à Ottawa — les Canadiens de Hull — il y a longtemps. Il aurait dû faire partie de la LNH. C’est un septuagénaire qui s’appelle Joe Hachey. Nous l’appelions tout simplement le « Numéro 7 » des Papermakers de Bathurst, et il est encore un athlète hors pair. Il traverse littéralement la péninsule acadienne d’un bout à l’autre presque toutes les semaines, à la course, à vélo et à la nage. Joe marche, court, nage et fait du vélo chaque jour. En fait, c’était un triathlonien Ironman.

L’été dernier, je lui ai demandé : « Pour quelle raison t’entraînes- tu autant? » Septuagénaire depuis quelques années, il a répondu : « Tant que je serai vivant, je veux bien vivre, peu importe le temps qu’il me reste. » C’était une chose formidable à dire.

J’aimerais remercier la sénatrice Nancy Greene Raine de nous avoir présenté le projet de loi S-211. Je promets de faire tout en mon pouvoir pour m’assurer qu’il soit adopté. Lorsque ce sera fait, vous pouvez compter sur moi, madame la sénatrice, pour continuer de soutenir ce jour important, le 1er juin. C’est avec plaisir que j’apporterai ma contribution.