SENATOR MUNSON’S SPEECH FOR RENFREW COUNTY’S CHILD POVERTY ACTION NETWORK

Je vous remercie beaucoup pour cette aimable présentation. Je suis très heureux d’être aujourd’hui en plein cœur de la vallée de l’Outaouais.

 

Non seulement je suis né dans une petite ville du Nouveau-Brunswick, mais j’ai aussi grandi dans des petites villes de cette province, c’est pour cette raison que je me sens ici dans mon élément. J’ai compris, très jeune, qu’il est difficile de passer inaperçu dans une petite ville. Tout le monde était au courant de ce que je faisais et le rapportait à ma mère avant même que je ne rentre à la maison. Je me sens très à l’aise ici, mais je vous prie de m’excuser si je vais, aujourd’hui, évoquer surtout des faits qui concernent cette belle vallée de l’Outaouais, des faits auxquels nous ne devrions pas rester insensibles.

 

Permettez-moi de commencer par la statistique la plus choquante. Dans le comté de Renfrew, un enfant sur huit vit dans la pauvreté. C’est-à-dire qu’une salle de classe normale comprend trois à quatre enfants pauvres et qui ne peuvent peut-être pas manger suffisamment d’aliments sains. Ils habitent peut-être dans des logements insalubres, ils ne peuvent peut-être pas assister à des rencontres de hockey ou de soccer, suivre des cours de piano ou de danse. Et chaque jour à l’école, ils réalisent qu’ils doivent se passer de beaucoup de choses, ne pas porter de chaussures à la mode ni de blouson avec cagoule, ne pas participer aux activités d’autres enfants, ne pas pouvoir acheter une pizza le jour de la pizza ni un hot dog le jour du hot dog.

 

Je vous prie de m’excuser, mesdames et messieurs, mais en vous disant que cela est terrible, je crois bien que c’est ce que les enfants du comté de Renfrew diraient.

 

Alors, qu’allons-nous faire à ce sujet?

 

Le Comité sénatorial permanent des droits de la personne, dont je faisais partie, a dans le cadre de ses activités examiné les droits des enfants dans le monde entier. Son rapport intitulé « Les enfants : des citoyens sans voix » fait 24 recommandations allant de l’élimination des châtiments corporels et l’exploitation sexuelle à empêcher que les enfants ne participent aux conflits armés. Deux recommandations se rapportent particulièrement aux commentaires que je fais aujourd’hui.

 

L’une recommande que le gouvernement fédéral rencontre les gouvernements provinciaux et territoriaux dans le but d’établir des lignes directrices en matière de prestation de services de garde et de développement de la petite enfance. L’autre traite de la pauvreté infantile et recommande que le gouvernement fédéral élabore une stratégie de lutte contre la pauvreté infantile, d’aide des familles à risque élevé et une stratégie globale de logement.

 

Bien sûr, je suis conscient des limites de ce genre de travail. De telles recommandations sont utiles car elles font état de principes importants qui nous guident dans nos efforts. Mais ce ne sont que des mots.

 

Mais les choses se gâtent quand on passe de la théorie à la pratique pour mettre en application ces principes. C’est là que tout le monde a un rôle à jouer, y compris les dirigeants des collectivités et d’entreprises comme vous.

 

Quand on parle de pauvreté infantile, il faut reconnaître que les enfants pauvres vivent bien quelque part. Ce sont des enfants de parents pauvres. Mais oui, il est possible d’aider les enfants. Le travail de CPAN est admirable, mais pour s’attaquer la source du problème, il faut que nous aidions les parents d’enfants pauvres.

 

De quelle manière s’y prendre?

 

J’ai eu quelques surprises à la lecture des données sur la pauvreté infantile dans le comté de Renfrew. Je croyais que le taux élevé de la pauvreté infantile était lié aux taux élevés de chômage. Je pensais que la collectivité comptait des enfants pauvres parce que des parents étaient au chômage. Je me trompais.

 

Le taux de chômage dans le comté de Renfrew n’est pas très élevé. D’autres facteurs en matière d’emploi contribuent aux taux élevés de la pauvreté infantile. Premièrement, beaucoup de travailleurs ont des emplois précaires ou saisonniers. Dans le comté de Renfrew, seulement 50 p. cent des personnes rémunérées pour leur travail ont un emploi à plein temps qui dure toute l’année.

 

Dans le comté de Renfrew, une famille de quatre personnes doit avoir un salaire minimum de 72 heures pour atteindre le seuil de la pauvreté. Les travailleurs qui travaillent à temps partiel ont des bas salaires et pas d’avantages sociaux. Dans le comté de Renfrew, le revenu moyen était à moins de 80 p. cent de celui de l’Ontario. Une situation qui est difficile pour beaucoup de familles.

 

En tant que créateurs d’emploi dans notre pays, vous savez probablement que vous ne contrôlez peut-être pas les conditions du marché local, mais il est important que vous soyez au fait des répercussions sur les enfants. Ce n’est pas parce qu’une personne travaille qu’elle gagne suffisamment d’argent pour assurer un environnement familial stable dans lequel ses enfants peuvent s’épanouir.

 

Même quand les enfants mangent à leur faim, qu’ils peuvent avoir des médicaments s’ils tombent malades, qu’ils peuvent vivre dans un logement sûr, avoir des fournitures scolaires et des vêtements et que le budget familial leur permet d’avoir un peu d’argent en plus pour des activités extrascolaires, ils ont aussi besoin d’un environnement familial dans lequel leurs parents ne sont pas obligés de compter leurs sous pour payer le loyer et joindre les deux bouts.

 

Si dans les décisions que vous prenez dans le cadre de la gestion de vos entreprises, vous tenez compte de l’effet sur les enfants, ce sera un grand pas en avant. Vous pouvez aussi prendre d’autres mesures.

 

Par exemple, vous pouvez entre autres aider CPAN. Vous pouvez offrir à cette organisation des fonds ou des produits et services. Vous pouvez aider à collecter des fonds qui financeront les nombreux services utiles offerts par CPAN.

 

Pour les familles, la rentrée scolaire est l’une des plus chères périodes de l’année. L’étude récente faite par Pollara indique que les dépenses de la rentrée scolaire pour chaque enfant dépassent 300 $. Une somme bien au-dessus des moyens de beaucoup de parents.

 

En apportant un soutien à CPAN, un plus grand nombre d’enfants bénéficieront du programme Back Pack Plus de fournitures scolaires offertes aux enfants. Vous pouvez contribuer financièrement à l’Opération Snowsuit pour que les enfants puissent sortir et jouer à l’extérieur en hiver. Vous pouvez contribuer au programme de chaussures pour offrir aux enfants les chaussures dont ils ont besoin.

 

Vous pouvez aussi apporter un concours financier au fonds des activités qui aide les enfants à participer à des programmes périscolaires, notamment dans le domaine des sports, de la musique, de la danse et d’autres activités culturelles.

 

Je peux dire qu’en ce qui me concerne, j’étais un enfant rétif (étant, après tout, fils d’un ministre du culte). Les programmes de sports, les équipes et les entraîneurs ont eu une grande influence sur moi. Si je n’étais pas très porté sur les études, j’aimais les sports et c’est ce qui m’a incité à participer aux activités dans mon école. Je ne veux pas penser à ce qu’aurait été ma vie sans cette expérience positive dans les équipes de sports. Je crois que l’on devrait offrir à tous les enfants la possibilité de vivre ces expériences et d’en tirer des leçons.

 

L’argent ne devrait pas établir de différence entre les enfants qui jouent et ceux qui regardent sur la touche.

 

J’ai aussi grandi dans un milieu familial stable et plein d’amour. Quelles qu’aient été les bêtises que j’avais commises, mes parents étaient toujours là pour moi et je le savais. Ce genre de stabilité est essentiel pour avoir une enfance heureuse. Les parents veulent un foyer stable, mais s’ils doivent se battre bec et ongles pour joindre les deux bouts ou s’ils ont deux emplois pour payer les factures, la vie familiale peut en souffrir et les enfants en ressentir les effets.

 

En vérité, la pauvreté marginalise les enfants.

 

Aux différences pécuniaires entre les enfants pauvres et ceux qui ne le sont pas, il faut ajouter d’autres différences encore plus déchirantes. Les enfants pauvres sont plus susceptibles de manquer de confiance en soi et d’amour-propre. Ils ont plus de chances de ne pas terminer leurs études secondaires. Ils se sentent exclus quand ils sont jeunes. Et ces cicatrices ne disparaissent pas avec l’enfance et conduisent à une marginalisation à l’âge adulte.

 

Je suis particulièrement ravi par les efforts de CPAN à l’égard des enfants autochtones. Les statistiques concernant ces enfants sont réellement choquantes.

 

Un quart de tous les enfants des réserves vivent dans la pauvreté et 40 p. cent des enfants des Premières nations résidant à l’extérieur des réserves vivent dans la pauvreté. Les statistiques indiquent que, dans notre pays, le taux de natalité chez les familles autochtones est bien plus supérieur à celui de la population non autochtone. Notre société ne peut pas se permettre qu’un pourcentage si élevé de nos ressources futures, c’est-à-dire les enfants d’aujourd’hui, soit exclu de la société et vive dans la pauvreté. Aucun enfant ne doit être marginalisé.

 

Nous ne devons pas accepter passivement ce statu quo.

 

Notre société est arrivée au point où nous reconnaissons tous que nous avons un rôle à jouer dans la protection de l’environnement. Nous savons que nos plus petites actions comme celles d’éteindre la lumière, recycler, conduire une plus petite automobile peuvent avoir de fortes répercussions car justement elles touchent tout le reste. Et c’est tout aussi vrai pour la pauvreté infantile. En plus de prendre conscience de nos actions et de leurs répercussions sur les enfants et les familles, nous pouvons consacrer une partie de notre temps, de notre argent ou d’autres ressources à des organisations telles que C-PAN. Mais nous devons tous aussi ouvrir notre cœur et notre esprit. En appelant les personnes démunies « les autres », « eux » et « ces gens-là », nous perpétuons leur marginalisation et leur exclusion.

 

Ces gens sont vos voisions, vos clients, vos employés et les condisciples de vos enfants. Pour que notre monde soit un monde meilleur, pour que le comté de Renfrew soit un meilleur comté, il faut que leur monde soit meilleur. Et cela commence avec nous. Je vous remercie de votre attention.